vendredi 30 janvier 2015

La moustache

-Appelle-moi la prochaine fois que tu as envie d'arrêter de fumer.
-Je ne suis pas sûre que ça te plaise, à la longue, c'est quasiment à chaque clope.
-Relax, c'est pas parce que la vie est dure et que le monde l'est aussi, y a plein detrucs chouettes partout, pour peu qu'on se donne la peine de regarder.
-Moi, je trouve que la vie est magnifique et gaie. C'est bien pour ça que je continue de me libérer de mes dernières chaînes.
-Content de voir que la vie est belle. Fais une bise à ton piano de ma part.
Et sinon, j'aime le thé, le café, en fait, à part ma moustache, j'aime à peu près tout. Et ce qui m'empêche de dormir c'est par exemple ce soir, le morceau que j'ai à écrire pour demain.
-Et tu es sûr que ce n'est pas le café et le thé qui t'empêchent de dormir ? En tout cas, merci pour ton sourire à moustache.

mercredi 28 janvier 2015

Nicotine

-Je ne veux plus de tabac. Ni dans ma chambre, ni dans ma maison, ni dans ma vie. J'ai été très clair, là-dessus.
-Moi aussi, j'ai été très claire. J'ai dit que j'arrêterai de fumer quand j'aurai trouvé un amoureux.
-Mais tu as aussi dit que tu voulais rire, jouir, et t'amuser.
-Avec toi, oui.

Et on ne fait pas ça avec un amoureux ?

mardi 27 janvier 2015

L'amour est une pensée

Vous savez, quelque part, le poète Pessoa dit : "l'amour est une pensée". C'est un énoncé très paradoxal, en apparence, parce qu'on a toujours dit que l'amour, c'est le corps, c'est le désir, c'est l'affect, c'est tout ce qui n'est pas précisément la raison et la pensée. Et lui dit "lamour est une pensée". Je crois qu'il a raison, je pense que l'amour est une pensée et que la relation entre cette pensée et le corps est tout à fait singulière, et toujours marquée, comme le disait Antoine Vitez, d'une inéluctable violence. Nous expérimentons cette violence dans la vie. Il est très vrai que l'amour peut plier notre corps, induire des tourments immenses. L'amour, on le voir tous les jours, n'est pas un long fleuve tranquille. On ne peut oublier le nombre, après tout effrayant, des amours qui conduisent au suicide ou au meurtre. Au théâtre, l'amour, ce n'est pas seulement, ni principalement, le vaudeville du sexe, ou la galanterie innocente. C'est aussi la tragédie, le renoncement, la fureur. La relation entre le théâtre et l'amour, c'est aussi l'exploration de l'abîme qui sépare les sujets, et la description de la fragilité de ce pont que l'amour jette entre deux solitudes. Il faut toujours y revenir : qu'est ce qu'une pensée qui s'expose comme allant et venant entre deux corps sexués ? Il faut quand même bien dire que, s'il n'y avait pas l'amour, on se demande de quoi le théâtre aurait parlé.

Alain Badiou, avec Nicolas Truong
Eloge de l'amour

samedi 24 janvier 2015

Bon sens

-Mais, si un jour j'ai un amoureux, t'en penseras quoi, toi ?
-Je serai content.
-Mais il dormira sûrement dans mon lit. Alors comment on fera, quand vous venez parfois me faire des câlins dans le lit le week-end ?
-Bah, il faudra qu'il s'adapte à nos habitudes.

vendredi 23 janvier 2015

Once

C'est remonté au début du film.
Nous nous étions disputés.
Sans doute une de nos premières disputes aussi violentes.
Il était sorti fumer une cigarette dans la cour pendant que je restais à ruminer dans la cuisine.

Par la fenêtre, du coin de l'œil, j'ai vu la serpillière s'agiter.
Je n'ai d'abord pas compris ces mouvements saccadés.
Et puis, j'ai tendu l'oreille.
D'un geste rapide et en rythme, Bob Marley a jeté sa tête en arrière pour faire voler ses dreadlocks, et dégager le manche du balai, avant de continuer sa danse reggae.
J'ai ri, lui aussi.

samedi 17 janvier 2015

Aube

Après l'aube, l'aurore, et après l'aurore, le soleil.


Après 5 mois, les Pyrénées s'offrent enfin à moi dans la clarté d'un matin prometteur.

vendredi 16 janvier 2015

Série américaine

-Ah, pour une fois, ça marche, ton téléphone.
-Oui, enfin pas pour longtemps, je n'ai plus beaucoup de batterie.
-Et tu es près d'un téléphone fixe ?
-Non, mais près d'une prise de courant dans une heure.
-Mais où vas-tu ?
-Vers le Sud.
-Ah, tu vas retrouver ton "chéri", c'est ça ?
-Si tu veux l'appeler comme ça...
-Alors, tu vois, qu'il est trop tard pour t'embrasser.
-Je suis seulement 400 km plus loin que tout à l'heure.
-Mais tu es amoureuse de lui ?
-Tût... Tût...
-Je n'ai pas entendu la réponse, tu es amoureuse de lui ?
-Tût... Tût... Tût.

mercredi 14 janvier 2015

Démocratie

Mai 2011
-Vous pensez qu'il va être réélu, vous, Sarkozy ? (Ecart sur la gauche, il rattrape la course de la voiture avant d'heurter les rails de sécurité.)
-J'espère bien que non.
-...
(-En fait, ce que j'espère vraiment, c'est arriver en vies à la gare. Même en retard.)
-De toute façon, ça m'est bien égal, moi, je suis contre la démocratie.
(-Ah oui, j'aurais dû m'en douter. Sarkozyste... Royaliste ? Non, Bonapartiste !)
-Je suis prudent, parce qu'en plus de la mienne, j'ai deux vies entre les mains !
-Sourire.
-Vous êtes pour la démocratie, vous ? Ça ne vous semble pas une vaste hypocrisie irresponsable, le droit de vote universel (il appuie sur "universel") ?
(-Pourquoi il pile ? Ah oui, un radar. Donc on passe de 140 à 70, normal.)
C'est vrai que tous ceux qui votent, ou tous ceux qui en ont le droit, ne le font pas forcément avec le sens des responsabilités. Mais comment définir qui doit être de quel côté ? De quel droit se place-t-on du "bon" et les autres du "mauvais" ?
-Une sorte de conseil des sages, par exemple ?
(-Tu ne veux pas mettre tes essuie-glace, plutôt ?)
-Je vais mettre les essuie-glace. Avec ces camions...
-Et qui décide ceux qui siègent au conseil des sages ? On reproduit juste la question, non ?

Janvier 2015
-Quand j'étais au conseil municipal, j'ai failli en devenir anti-démocrate.
(-Toi, le soixante-huitard, l'écolo, le socialo ?)
-Tu comprends, toutes ces responsabilités entre les mains de tous ces incapables !

Bonne année

-Tu as vu, sa carte de vœux ? Le sourire qui monte en flèche avec les euros ?
-C'est sa carte professionnelle, il a rayé "l'équipe" pour le remplacer par "la famille".
-Et alors ?
-Bah au moins, il t'a envoyé une carte.

"Stratégie et création"... Je me souviens du débat autour de l'expression "accélérer la vitesse", à coups de "Robert" et "Grevisse".

-Moi j'aimais bien, discuter avec lui. C'est quand même lui qui m'avait offert mon premier livre de philo, Propos sur le bonheur, dévoré dans le week-end, pour qu'on puisse en parler...

mardi 13 janvier 2015

Déjeuner

-Il y a tellement de choses que j'aimerais faire, mais que je n'ose pas.
-Il vaut mieux avoir des regrets pour des choses qu'on a faites, que pour des choses qu'on n'a pas faites.
-C'est vrai, je sais, tu as raison.
...
Tu n'as pas trop peur de regretter ce que tu ne vas pas faire avec moi ?

lundi 12 janvier 2015

Tennis

-Tu es une salope, mais dans le mauvais sens du terme.
-Ah, parce qu'il y a un bon sens du terme ?
Ah oui, celle qui veut se faire baiser par tous les trous.
-Je n'aurais pas dit ça comme ça...
Tu ne voudrais pas essayer d'être une salope dans le bon sens du terme ?
-Être une salope, même dans le bon sens du terme, pour des salauds, je ne suis pas sûre que ce soit mon ambition.

Libérée

-Mais, tu sais d'où ça vient, "ingénue" ?
-Non.
-Ça veut dire "né libre". Eh bien, je revendique mon ingénuité !

jeudi 8 janvier 2015

8 septembre

Tu fais l'enfant.
Quand la montagne se présente, on ne fait pas demi-tour, on ajuste son pas.

Seulement voilà, j'avais devant moi non pas une, mais deux, trois collines à franchir.
Un sac beaucoup trop lourd et une seule gourde qui me semblait bien vide.
Pourtant, en ajustant mon pas, en acceptant les montagnes russes, j'ai fini par m'approcher du sommet.
A la fois impatiente et tremblante de découvrir ce qu'il y aura derrière, et d'affronter la dépression de la descente.

Mais je profite pour le moment du sentiment de paix qui vous envahit peu à peu quand on peut enfin se retourner pour admirer le paysage, contempler le chemin parcouru, et respirer.