"Avant, c'était moi, la boiteuse", dit le personnage d'Anna, joué par Sandrine Bonnaire dans Confidences trop intimes.
Moi aussi, j'étais la boiteuse. Et il m'avait soulagée par sa gaieté. Il m'avait aidée à tenir debout alors que je traversais le ruisseau froid nus pieds, loin des autres, dans mon propre tumulte. Puis réchauffée. Puis attendue, patiemment, infatigablement. Fait rire et rire et rire encore. Jusqu'à ce que je veuille bien, enfin, croire qu'on, qu'il, pouvait m'aimer.
Et puis, à mon tour, j'ai fait la béquille. C'est dans l'ordre des choses. Mais comme je voulais avancer, il en avait fallu deux. Et puis aussi construire, une famille, une vie, alors les béquilles avaient dû muter en piliers. Trop vite, ou juste trop. À tenir tout toute seule, le pilier s'est fracturé. Il faut réparer, j'ai dit. La fissure était trop discrète, ou j'ai dit trop doucement. Soutenir ce qui ne tenait pas debout tout seul, il savait. Réparer ce qui semblait encore tenir debout, pour quoi faire ? Et puis, ses propres fissures apparaissaient.
Alors j'ai tout cassé, table rase ! Tu parles, Charles...
Aujourd'hui, je le sais. L'homme tient sur deux pieds, mais pas tout seul.
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